Des plans d’enseignement crédibles clarifient les engagements envers l’égalité des genres dans l’éducation

Credit: Giacomo Carlini

Des plans d’enseignement crédibles clarifient les engagements envers l’égalité des genres dans l’éducation

Les gouvernements ont comme obligations politiques et légales de planifier et de mettre en œuvre des politiques éducatives, dans les limites de leurs contraintes budgétaires. Ils doivent aussi bien protéger le droit à l’égalité des genres dans l’éducation que proposer des services d’enseignement équitables pour les deux genres. Aucune solution universelle ne permet aux gouvernements d’assurer l’égalité des genres dans l’éducation. Une situation rendue encore plus complexe par le fait que les gouvernements ne sont pas des acteurs uniformes ; ils sont composés de nombreux secteurs, départements, niveaux et autorités, tous présentant des niveaux variables d’autorité. Les États fragiles, sortant d’un conflit ou d’une catastrophe, tendent à être dans une position plus faible pour promulguer et appliquer des politiques

Les plans d’enseignement crédibles, qui identifient clairement les responsabilités, avec des coûts bien évalués et un budget transparent, sont un instrument clé pour tenir un gouvernement responsable de ses promesses en matière d’égalité des genres dans l’éducation. Les plans d’enseignement facilitent la coordination entre les entités et peuvent rassembler plusieurs ministères afin de relever le vaste éventail de défis qui entrave souvent l’éducation des filles. L’implication de différentes parties prenantes peut aider à assurer que les plans comprennent et financent de manière adéquate des stratégies et politiques favorisant l’égalité des genres.

Une étude réalisée par le Partenariat mondial pour l’éducation a conclu que 25 des 42 plans sectoriels d’enseignement étudiés étaient sensibles à la dimension de genre, un résultat obtenu sur la base de trois critères : le plan comprenait des données ventilées par sexe ainsi qu’une analyse des obstacles à l’éducation des filles et donnait des informations sur la mise en œuvre de stratégies ciblées sur la question du genre. Dans neuf pays : la République centrafricaine, le Tchad, les Comores, la Guyane, Haïti, Madagascar, le Nicaragua, la République de Moldavie et l’Ouzbékistan, les plans étudiés ne répondaient à aucun de ces trois critères (GPE, 2017).

L’existence d’un plan qui respecte certains critères n’est en aucun cas une garantie de réussite. L’Afghanistan dispose d’un plan sensible à la dimension de genre, qui reconnait l’importance des enseignantes pour aider à la scolarisation des filles tout en soulignant la difficulté d’en recruter. Le ministère de l’Éducation a introduit des mesures d’incitation pour attirer plus d’enseignantes, en particulier dans les zones rurales. Malheureusement, la stratégie n’a porté que peu de fruits : 80 districts (environ un sur cinq) ne comptent pas une seule enseignante (GPE, 2017).

Chaque étape du plan doit être examinée à travers le prisme du genre (Figure 15). Premièrement, une évaluation des aspects sexospécifiques doit se pencher sur les implications de la politique en matière de genres. Deuxièmement, la budgétisation sensible au genre doit garantir que les ressources sont correctement ciblées et distribuées de manière équitable. Troisièmement, de nombreuses parties prenantes doivent être impliquées dans l’examen du plan ou de la politique en fonction de son intention d’origine, et dans l’identification de tout préjudice ou de toute discrimination explicite ou caché. Enfin, un rapport sur la mise en œuvre et les résultats de la politique, contenant une analyse de la question du genre et des données ventilées, doit être rédigé et publié (GPE and UNGEI, 2017).

FIGURE 15: Le prisme du genre doit être pris en compte à tous les niveaux de la politique d’enseignement et du cycle de planification

Dans certains pays, par exemple en Belgique et en France depuis 2013, une évaluation des aspects sexospécifiques est nécessaire avant la finalisation d’un politique. Le Canada, l’Espagne, l’Islande et le Mexique se sont également engagés à évaluer leurs politiques du point de vue du genre avant de les adopter. Au Danemark, le gouvernement a mis en place des ateliers visant à développer les capacités des ministères à adopter une approche sensible à la dimension de genre dans leurs travaux (OECD, 2017b).

Des processus de consultation nationaux et transnationaux peuvent aider à identifier les défis liés à la promotion de l’égalité des genres. Des conférences régionales périodiques sur les femmes sont tenues en Amérique latine et dans la région caribéenne depuis 1977. En 2016, après un large processus de consultation impliquant des organisations de la société civile et des spécialistes issus de mouvements féministes et d’institutions universitaires, la 13e édition de ces conférences a débouché sur la rédaction de la Stratégie de Montevideo pour la mise en œuvre de l’Agenda régional pour l’égalité des sexes dans le cadre du développement durable à l’horizon 2030 (CESR, 2017).

La budgétisation sensible au genre – soit l’analyse des budgets du point de vue du genre – peut clarifier la manière dont sont définies les priorités et renforcer la responsabilisation. Cette pratique a vu le jour en Australie en 1984, et a permis d’augmenter de plus de 25 % les aides accordées aux familles avec enfants dix ans après son application (OECD, 2014). En 2016, cette pratique était appliquée dans 12 des 34 pays de l’OCDE. Une loi belge de 2007 a par exemple introduit la budgétisation sensible au genre et l’utilisation de données ventilées par genre (Quinn, 2016). La budgétisation sensible au genre est obligatoire à tous les niveaux du gouvernement autrichien depuis 2009. Tous les ministères israéliens doivent analyser leur budget dans une perspective de genre depuis 2014. La budgétisation sensible au genre est intégrée à la phase de planification en Italie et est à l’étude en République tchèque et en Turquie. (OECD, 2017b).

 

À ce jour, plus de 80 pays se sont essayés à une forme ou une autre de budgétisation sensible au genre (Stotsky, 2016). Au Timor-Leste, l’obligation légale de procéder à une budgétisation sensible au genre a permis de mettre en place des programmes de bourses pour favoriser l’égalité des genres dans l’enseignement supérieur (Christie and Thakur, 2016). En Ouganda, la budgétisation sensible au genre a donné lieu à l’attribution de ressources pour faire le suivi des efforts faits pour améliorer la participation et la rétention des filles dans les écoles (Stotsky et al., 2016).

Les examens des plans d’enseignement doivent impliquer de nombreuses parties prenantes. Dans les pays soutenus par le Partenariat mondial pour l’éducation, les ministères de l’Éducation invitent entre autres les donateurs et les organisations de la société civile à réaliser un examen sectoriel conjoint des progrès de l’ensemble du secteur. Néanmoins, les ministères des Affaires sociales et du Genre n’ont participé qu’à 26 % de ces examens (Martinez et al., 2017). Ceux-ci se limitent souvent à des débats sur l’activité et l’exécution du budget. Les substantielles questions de genre ont plus de chance d’être débattues quand des indicateurs de genre sont intégrés aux plans et aux budgets, comme au Rwanda par exemple (Holvoet and Inberg, 2015).

En Inde, une mission de révision conjointe du principal programme d’enseignement de base est organisée deux fois par an, et ses travaux sont complétés par des évaluations du NCERT (Conseil national pour la recherche et la formation pédagogiques) (NCERT, 2014). Une évaluation du programme d’éducation inclusive pour l’enseignement secondaire a recommandé plusieurs améliorations, notamment d’accorder plus d’importance aux filles (Julka et al., 2013). Au Rwanda, le Conseil de l’éducation opère aussi bien au niveau du secteur que du district. Il examine les plans pour le secteur et pour les écoles, analyse les données et recommande des améliorations. En plus des représentants du gouvernement, des écoles et des enseignants, le Conseil de l’éducation accueille également des représentants du Conseil national des femmes (Honeyman, 2017).

Afin d’informer le public, et de lui permettre de demander des comptes, les gouvernements doivent préparer un rapport de suivi annuel sur l’éducation traitant des progrès réalisés en matière d’égalité des genres, entre autres objectifs du plan national d’éducation. Néanmoins, seul un pays sur deux a publié au moins un rapport de suivi national depuis 2010, et seul un sur six de manière annuelle (UNESCO, 2017a).

Le rapport de performance annuel du ministère de l’Éducation et des Sports de l’Ouganda fait état des performances au niveau de l’enseignement pré-primaire à tertiaire, et évalue les réalisations des politiques par rapport à leurs objectifs d’origine. L’une de ses sections est dédiée au genre. Parmi les huit principaux enjeux politiques figurent la persistance des obstacles socio-économiques et culturels pour l’éducation des filles et une infrastructure inadéquate, notamment en ce qui concerne les installations sanitaires des filles. En 2013/14, l’Ouganda s’est penché sur les problématiques de genre en concentrant ses efforts sur la réduction des mariages et grossesses précoces, la réduction de la discrimination envers les filles enceintes, et l’élaboration d’un plan stratégique complet sur le genre dans l’enseignement. Une année de travail qui a entrainé entre autres une amélioration de 4 pour cent du taux de réussite dans le secondaire pour les filles, de meilleures capacités en matière de budgétisation sensible au genre et une plus grande collaboration entre les ministères compétents, les ONG et les partenaires de développement en ce qui concerne les questions de genre.(Uganda MOES, 2014).


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