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Le lieu : villes et établissements humains

Favelas in Rio de Janeiro, which formed when lots of people moved from the Brazilian country-side to the city.

CREDIT: GEM Report/Anna Spysz

Le lieu : villes et établissements humains

L’urbanisation est l’une des tendances démographiques marquantes de notre temps : plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui en ville ou en zone urbaine, et on prévoit que la plus grande part de la croissance démographique urbaine d’ici à 2050 se produira dans des villes à faible revenu. Le Rapport GEM examine l’influence des villes et de l’urbanisation sur l’éducation, et le poids de l’éducation dans les questions urbaines.

L’échelle et la rapidité des transformations urbaines exigent une bonne gouvernance, de la flexibilité et de l’innovation. Pour que les besoins et les droits éducatifs de tous soient satisfaits et respectés face à l’évolution des populations urbaines, l’éducation doit devenir une partie intégrante des politiques d’urbanisme. Or malgré son importance, le secteur de l’éducation reste largement absent des principales discussions concernant le développement urbain. Les parties prenantes de l’éducation et les responsables urbains doivent renforcer leur plaidoyer et leur leadership pour que l’éducation trouve sa place dans les débats sur l’avenir de la ville.

L’URBANISATION PÈSE SUR LA PLANIFICATION DE L’ÉDUCATION

La moitié environ de la croissance urbaine au niveau mondial est due à l’accroissement naturel de la population, et l’autre moitié à l’exode rural. Cette croissance augmente la demande d’éducation de base, d’apprentissage tout au long de la vie, de développement des compétences et de personnels enseignants, et accroît la nécessité de promouvoir par des moyens éducatifs la cohésion sociale et la tolérance à l’égard de la diversité culturelle, y compris envers les habitants des bidonvilles, les migrants et les réfugiés.

Plus du tiers des résidents urbains des pays à faible revenu vivent dans des bidonvilles ou des habitats informels au centre des villes ou dans leur périphérie. Les conditions de vie dans ces quartiers sont très variables, mais beaucoup se caractérisent par un accès insuffisant aux services de base, dont l’éducation. Les données recueillies dans 130 établissements informels de 12 agglomérations ougandaises indiquent bien que la plupart aient des école, les répondants soulignaient la nécessité d’augmenter le nombre d’écoles publiques accessibles.

Dès la fin de 2014, 6 réfugiés sur 10 vivaient en zone urbaine. Plus de la moitié des réfugiés mondiaux ont moins de 18 ans. Click to Tweet

Les personnes qui migrent en ville à la recherche d’un emploi se heurtent à des difficultés comme la discrimination, la barrière de la langue, le chômage ou l’exploitation au sein de l’économie informelle. Pour relever ces défis, il faut axer les efforts sur le développement des compétences.

Les systèmes éducatifs urbains accueillant des enfants et des jeunes victimes de déplacements forcés doivent s’adapter pour assurer leur intégration à long terme, notamment face à l’aggravation de la crise mondiale des réfugiés. Dès la fin de 2014, 6 réfugiés sur 10 vivaient en zone urbaine. Plus de la moitié des réfugiés mondiaux ont moins de 18 ans. En Turquie, 85 % des enfants syriens réfugiés dans des camps sont scolarisés, contre 30 % de ceux qui se trouvent en zone urbaine.

La prépondérance des établissements privés, notamment dans les grandes villes et les zones péri-urbaines, est souvent sous-estimée ou oubliée dans les débats sur l’enseignement public. Leur croissance essentiellement informelle dans les zones péri-urbaines échappe souvent aux statistiques officielles, si bien qu’elle est gravement négligée. Le recensement de 2010- 2011 des écoles privées de l’État de Lagos, au Nigéria, a révélé que plus de 85 % des élèves du préprimaire et 60 % des élèves du primaire étaient scolarisés dans le privé.

L’ÉDUCATION A DES EFFETS ÉCONOMIQUES, SOCIAUX ET ENVIRONNEMENTAUX SUR LES VILLES…

Un enseignement primaire et secondaire de qualité et une forte participation à l’enseignement tertiaire sont fondamentaux pour encourager l’innovation et accroître la productivité au sein des économies du savoir. Les villes attirent le capital humain et les investissements étrangers directs en se positionnant comme des pôles mondiaux d’enseignement supérieur et de production de compétences, de talents, de connaissance et d’innovation. En Chine, la mégalopole de Shanghai attire les talents les plus divers, a accès à plus de 100 000 diplômés et a doublé en dix ans la part de sa main-d’oeuvre issue de l’enseignement supérieur. L’Université Stanford aurait eu quant à elle un impact économique considérable au niveau mondial : 18 000 entreprises créées par ses étudiants ont leur siège en zone urbaine en Californie.

Le secteur informel est une source majeure d’emplois et de revenus dans les pays pauvres, notamment dans les villes, et une source importante de travail temporaire dans les économies plus prospères en proie aux crises économiques. Pour favoriser la prospérité et l’inclusion sociale dans les villes, il est important de reconnaître et d’inclure l’emploi informel dans les économies urbaines.

L’éducation a aussi un impact social positif, notamment en réduisant la criminalité. En Angleterre et au pays de Galles (Royaume-Uni), l’allongement de la scolarité obligatoire a entraîné une nette réduction de la criminalité et de la violence. Aux États-Unis, les investissements dans l’éducation de la petite enfance ont eu des effets durables sur la baisse de la criminalité chez les adultes.

L’éducation peut améliorer la prise de conscience des défis et des responsabilités des citadins en matière environnementale. Les outils éducatifs ont joué un rôle majeur dans l’adoption massive du transport rapide par bus et de la bicyclette. À Lagos, au Nigéria, un vaste programme de communication sur un nouveau réseau de transport rapide par bus a aidé à réduire ses délais de mise en œuvre. Dans les pays comptant des villes cyclables, comme l’Allemagne, le Danemark ou les Pays-Bas, l’éducation s’inscrit dans une approche intégrée prévoyant une formation approfondie des enfants dès le plus jeune âge.

…MAIS ELLE PEUT AUSSI ENCOURAGER LES INÉGALITÉS URBAINES

Pour empêcher que l’éducation n’exacerbe la stratification sociale, les gouvernements doivent compenser les activités éducatives destinées à améliorer la compétitivité des villes par des activités favorisant l’inclusion sociale.

On observe autant, sinon davantage, d’inégalités substantielles dans l’éducation au sein des zones urbaines qu’entre les zones urbaines et les zones rurales. Les avantages potentiels de la vie en zone urbaine peuvent être compromis par l’absence de politiques de lutte contre les inégalités. Les politiques et les pratiques discriminatoires, telles qu’une répartition inéquitable des bons enseignants, peuvent aussi exacerber les inégalités. La zone métropolitaine de Concepción, au Chili, s’est révélée très inégalitaire dans sa répartition des écoles de bonne qualité.

Les établissements privés, qui résultent souvent d’une défaillance de l’enseignement public, peuvent aussi bien aplanir qu’exacerber les inégalités. Le choix de l’établissement scolaire – autrement dit, la possibilité pour les parents d’opter pour une école publique, une école privée, une charter school ou tout autre établissement non public – est souvent à la fois une cause et une conséquence de la stratification démographique.

Les attitudes négatives peuvent perpétuer les inégalités de l’éducation. Il arrive fréquemment que les enseignants adoptent vis-à-vis des enfants de migrants ou de minorités une attitude discriminatoire pouvant contribuer à leur marginalisation sociale. À Shanghai, les enseignants de première année se montraient plus enclins à signaler qu’un élève migrant n’avait pas le niveau requis en langue, même en tenant compte des caractéristiques socioéconomiques. L’éducation peut aussi perpétuer l’exclusion sociale si les écoles accueillant des défavorisés ont un climat violent.

La ségrégation sur la base de l’appartenance ethnique, de la classe sociale ou de la race est un trait dominant de l’éducation dans les villes des États-Unis, dans une bonne part de l’Europe et dans les pays ayant un passé de relations interraciales tourmentées, comme l’Afrique du Sud. La ségrégation éducative est plus marquée dans les zones métropolitaines de haute technicité fondées sur le savoir. Dans 90 % des 30 plus grandes agglomérations américaines, la ségrégation entre ménages à faible et haut revenu s’est accentuée. Selon les recherches menées dans 13 grandes villes européennes, la ségrégation socioéconomique et spatiale augmente à mesure que les populations plus instruites stimulent la croissance des industries à forte intensité de savoir.

L’ÉDUCATION ET L’APPRENTISSAGE TOUT AU LONG DE LA VIE PEUVENT INFLUENCER L’URBANISME ET FAVORISER LA TRANSFORMATION DES VILLES

L’éducation a le pouvoir d’influencer l’urbanisme, si elle s’inscrit dans le cadre d’un effort intégré. À Berlin, des projets de gestion de quartier ont été lancés en vue de créer une « ville socialement intégrante » grâce à des activités, des services éducatifs et des possibilités d’emploi.

L’Inde compte environ 1 planificateur pour 100 000 citadins, contre 1 pour 5000 au Canada et aux États-Unis. Click to Tweet

Pour réaliser ce potentiel, il faut offrir aux citadins une meilleure formation multidisciplinaire, qui leur permette de travailler efficacement dans des disciplines et des secteurs variés en vue de promouvoir des environnements de vie plus durables. Dans la plupart des pays, les écoles et les programmes spécialisés dans l’urbanisme sont en nombre limité. L’Inde compte environ 1 planificateur pour 100 000 citadins, contre 1 pour 5 000 au Canada et aux États-Unis.

Les approches participatives à base éducative, axées sur les besoins des défavorisés, améliorent la planification et la prise de décision urbaines. Le réseau Shack/Slum Dwellers International aide les habitants des quartiers à documenter les inégalités et à exiger des services des gouvernements locaux. En partenariat avec l’Association of African Planning Schools, il a entamé des efforts pour améliorer la pertinence de la planification urbaine, notamment en ce qui concerne les zones d’habitat informel.

Des responsables urbains informés peuvent utiliser l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie de façon productive pour transformer les villes. À Medellín (Colombie), le maire a aidé à faire de sa ville, hier l’une des plus violentes du monde, une des cités les plus innovantes grâce à une stratégie de transformation sociale fondée sur l’éducation. Les villes gagnant en importance, il est crucial de renforcer l’autonomie locale et de privilégier les stratégies éducatives pour en faire des espaces durables et inclusifs.


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